La nuit La neige de Claude Pujade-Renaud
« Deux femmes qui ne se sont jamais vues se croisent un soir de décembre 1714, dans un château en Castille. L'une, Anne-Marie des Ursins, toute-puissante auprès du roi Philippe V d'Espagne, est venue accueillir l'autre, Elizabeth Farnèse, nouvelle épouse du souverain, encore inconnue de lui.
La nuit, la neige, une escorte, un carosse dans lequel il faut s'engouffrer et qui à vive allure on mène vers la France : en quelques instants d'une entrevue sans témoin, la reine a signifié à Anne-Marie des Ursins sa disgrâce. L'exil commence - et avec lui l'obsédant va et vient de la mémoire. Depuis Gênes où elle trouve refuge, Anne-Marie tente de comprendre les raisons de sa chute. A Madrid, dans le glacial palais de l'Alcazar, Elizabeth fait l'apprentissage de son métier d'épouse et de reine. Mariages, enfantements, plaisirs choisis ou obligés, pouvoir... Requises dans ce qu'elles ont de plus intime, des femmes donnent ici leur version singulière de l'Histoire. Avec cet ample roman, Claude Pujade-Renaud pourrait bien rendre à la politique sa plus exacte dimension : celle des coeurs, passions, caractères...
C'est l'histoire de deux femmes au XVIIIème siècle, l'une va commencer sa vie, rencontrer son destin alors que l'autre déjà âgée va voir le sien s'achever par l'intermédiaire de la plus jeune. Le début de ce roman commence par la rencontre si brutale de ces deux femmes dans une ville ensevelie par la neige, Jadraque.
Tout le long du roman, la parole est donnée très régulièrement à Anne-Marie des Ursins qui durant son exil se remémore ses souvenirs lorsqu'elle était La Camerara Mayor de la Savoyana, la première femme de Philippe V, mort des écrouelles. D'autres personnages du roman sont amenés à raconter ce qui se passe après le renvoi de Anne-Marie, Elizabeth, a particulièrement droit à la parole, elle se remémore son enfance, le voyage qui la mena jusqu'à Madrid, suivant malgré elle les traces d'une épouse défunte, une reine aimée par son peuple, ses difficultés à régner, les grossesses à répétitions...
Ce roman nous parle surtout de la femme, de sa présence, ce sont deux portraits de femmes, elles tirent les ficelles du monde politique, elles qui en comprennent le mieux les rouages mais elles aussi qui en sont les premières à souffrir.
« Comme si nous autres, filles et femmes, n'étions que des barils à déplacer quand bon leur semble, roulez par-ci par là, repartez, repassez les frontières, roulez, tournez, rentrez, disparaissez. » p102
C'est Maria de Neubourg qui écrit, reine d'Espagne devant souffrir les caprices d'un mari rendu fou par un sang appauvri et n'ayant jamais réussi à se faire accepter à la cour de par son statut d'étrangère, une Allemande buveuse de bière. A la mort de son mari, on la pousse vers l'exil, tout en lui interdisant de revenir en Allemagne, elle reste alors, des décennies à Bayonne. Marie Anne Victoire, la fille d'Elizabeth Farnèse se voit envoyée à trois ans en France pour épouser le futur Louis XV, on la renvoie cinq ans plus tard chez elle pour un quelconque désaccord.
Tout ne semble être que calcul dans la vie de ces rois et reines, alliances, intimidations, trahisons. Les domestiques tiennent une place importante dans la bonne tenue des manigances royales. L'auteur met l'accent sur la position politique qu'occupait l'Espagne dans un monde du XVIIIème siècle, pays étouffé. .
Nous sommes immergés dans ce monde, l'écriture est magnifique.