Le cavalier Suédois de Léo Perutz
Phébus Libretto - 275 pages
Traduit par Martine Keyser
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C’est un roman magnifique, j’ai vraiment apprécié ma lecture. Pérutz manie avec une grande habileté un langage simple bourré d’humour, de poésie, rempli d’émotions. Il nous envoie tout droit dans ce XVIIIème siècle sauvage, dans ces plaines à l’écart du monde, campagnes remplies de légendes et de brigands assassins.
L’auteur nous transporte au XVIIIème siècle dans la campagne du fin fond de l’Europe. C’est l’hiver et deux vagabonds cherchent à fuir les dragons Polonais. Christian Van Tornefeld jeune aristocrate orgueilleux vient de déserter de l’armée, il cherche à rejoindre le roi de Suède, son compagnon n’est rien d’autre qu’un vagabond surnommé Piège-à-poules. Transis de froid les deux compagnons décident de s’arrêter se reposer dans un moulin hors il se murmure que le moulin est hanté par le fantôme du meunier poussé au suicide par l’accumulation de ses dettes et il reviendrait sur terre une fois par an faire payer leur dette aux personnes qui s’arrêtent dans son moulin.
C’est une histoire de changement d’identité, de pacte avec le diable que nous raconte ici Léo Perutz, sous forme de conte prémonitoire. Perutz écrivain tchèque juif de langue allemande écrivit ce roman en 1936.
Quelle n’a pas été ma joie de comprendre que le personnage principal de ce roman ne serait pas le fat Christian mais le voleur Piège-à-poules. Un personnage des plus réjouissants pour le lecteur car c’est un personnage à formes multiples qui évolue de façon réciproque avec le roman. Les chapitres du roman marquent chacun une étape de l’ascension de ce vagabond, simple bon à rien il devient Brigand de haute-voltige, puis Noble cavalier Suédois, son vocabulaire, son apparence physique s’améliore, sa présence prend forme, il n’est plus le simple bouffon qu’il était au départ. Cette position s’illustre de façon extrêmement significative dans la scène ou il se retrouve dans la chambre du dragon et qu’il se parle à lui-même, on a l’impression de se retrouver dans une pièce de Molière avec le valet qui monologue.
Et la force de roman de Pérutz c’est ça, l’écriture évolue avec l’ascension du personnage jusqu’à son apogée…
Et puis il y a aussi toute la signification que peut prendre ce texte qui reprend une thématique récurrente dans la littérature, prendre la place de quelqu’un d’autre, oui mais il faut en payer les conséquences, toujours, le meunier est là pour veiller.
Un roman d’aventures, un conte, de l’humour, mais aussi de la tristesse, de l’amour.
C’est un roman qui a su me toucher.
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